La détention provisoire dans le canton de Vaud s’allonge dangereusement. La durée moyenne atteint 99 jours, soit 2,5 fois la moyenne nationale de 40 jours. Un chiffre alarmant qui place Vaud parmi les cantons les plus restrictifs en la matière.

Selon les données de l’Office fédéral de la statistique analysées par la RTS, cette moyenne couvre la période 2021-2025. Plus préoccupant encore : cette durée a augmenté de 36% en sept ans. La tendance à la hausse n’a cessé de s’accélérer, transformant un problème latent en urgence judiciaire.

Dans les zones carcérales des postes de police, la situation atteint des niveaux critiques. Des personnes ont passé jusqu’à 62 jours dans les cellules d’une zone carcérale de locaux de police, pourtant prévues pour une détention d’une durée légale maximale de 48 heures. Cet usage détourné des locaux d’arrestation expose les détenus à des conditions extrêmement restrictives. La situation est tout aussi alarmante dans les Centres de gendarmerie mobile visités, où des détentions ont duré jusqu’à 44 jours.

Les causes d’une crise structurelle

Le Ministère public vaudois montre des signes d’asphyxie. Le Ministère public vaudois ne parvient plus à clôturer autant d’enquêtes qu’il n’en ouvre, avec une hausse de 25% des affaires en cours. Cette accumulation des dossiers ralentit inévitablement le traitement des cas et repousse les jugements.

Selon le procureur général vaudois Eric Kaltenrieder, ces différences peuvent s’expliquer par la proximité du canton avec de grandes villes françaises. L’argument géographique est cependant insuffisant pour justifier une paralysie du système.

Conséquences humaines et restrictions inhumaines

Les détenus en préventive subissent des conditions plus restrictives que les condamnés, avec des transferts fréquents et un isolement accru. Cette inégalité de traitement soulève des questions éthiques et juridiques. Des personnes non encore jugées se retrouvent dans des conditions que n’endurent parfois pas les condamnés eux-mêmes.

Les témoignages des familles illustrent l’absurdité du système. Des proches passent des mois sans contact réel avec leurs proches, maintenus dans des cellules sans lumière naturelle, des heures sur 24.

Une réaction en cours

Des mesures doivent être déployées de toute urgence pour que ces lieux retrouvent leur vocation première (arrestation provisoire) et ne servent pas de prison. Si le projet de création d’une zone carcérale d’attente sur le site du Pôle pénitentiaire du Nord vaudois à Orbe se montre à ce titre encourageant, les efforts en la matière ne doivent pas fléchir.

La future zone d’attente accueillera des personnes en détention avant jugement pour une durée qui ne devrait pas excéder trois mois, dans l’attente qu’une place se libère dans un établissement pénitentiaire adapté. Le nouveau bâtiment offrira des conditions conformes à une détention de plus de 48 heures. Un secteur médical, une salle de sport et des espaces d’activités seront à disposition des personnes détenues. La construction devrait débuter à l’automne 2026.

En parallèle, la Commission des visiteurs du Grand Conseil demande des mesures urgentes pour résorber l’engorgement du système et améliorer les conditions de détention. La question n’est plus seulement d’ordre pénitentiaire : elle touche à la dignité humaine et à l’État de droit vaudois.

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