Conséquence directe de la sécheresse qui règne depuis plusieurs semaines, sept incendies se sont déclarés en quelques jours dans les champs du Nord vaudois. Les communes de Corcelles-près-Concise, Mathod et Yvonand ont particulièrement été frappées par ces sinistres.
Cet épisode catastrophique revêt une dimension inédite pour les services d’incendie régionaux. Éric Stauffer, commandant du SDIS du Nord vaudois depuis bientôt douze ans, qualifie la situation de « du jamais vu », soulignant que si des feux de champ surviennent chaque année, la combinaison de la sécheresse, de la canicule et de la pleine période de moisson crée une situation particulièrement problématique.
Des étendues ravagées en quelques heures
L’ampleur des dégâts reflète l’urgence de la crise. À Mathod, neuf hectares de champs sont partis en fumée en quelques minutes, les pompiers faisant face à un incendie qui s’est propagé très rapidement. À Yvonand, ce sont trois mille mètres carrés de paille qui ont pris feu samedi en fin d’après-midi.
Les sapeurs-pompiers ont reçu l’alerte vers dix-sept heures et ont dû mobiliser quatre véhicules pour maîtriser le feu et préserver la forêt voisine menacée par les flammes. Pour lutter contre ces feux de champ, les pompiers ont combiné deux approches : l’intervention avec plusieurs véhicules d’extinction et le recours à des tranchées creusées à la charrue par les agriculteurs pour couper la progression du feu.
Une étincelle suffit pour déclencher le cataclysme
La vulnérabilité des installations agricoles durant la moisson expose les exploitants à des risques majeurs. Les paysans, lorsqu’ils battent le blé ou lorsqu’ils moissonnent leurs champs, utilisent des machines mécaniques en mouvement. Il suffit souvent d’un caillou qui heurte une pièce métallique, qui produit une étincelle, et malheureusement, avec la sécheresse, l’étincelle met le feu à la paille ou au fourrage. Si quelqu’un jette un mégot de cigarette, avec une pareille sécheresse aussi, le feu va relativement rapidement prendre.
Un contexte météorologique critique qui persiste
Le phénomène s’inscrit dans une crise climatique régionale bien plus large. Il n’a plu depuis le mois d’avril que 55 % des précipitations habituelles, et cet épisode de sécheresse exceptionnelle s’étend de la France à l’Autriche. Le canton de Vaud est confronté à une sécheresse sur l’ensemble de son territoire et à un risque d’incendie classé au niveau 4 sur 5, observant depuis plusieurs jours une multiplication des départs de feu dans les champs et à proximité des zones de végétation sèche.
Pire, une nouvelle canicule est annoncée cette semaine, ce qui intensifiera les tensions sur les ressources des services d’intervention.
Les mesures d’urgence du canton
Face à cette situation, les autorités vaudoises ont dû prendre des mesures drastiques. Le Canton a décidé d’interdire tout allumage de feu en plein air ainsi que l’usage d’engins pyrotechniques sur l’ensemble du territoire vaudois. Cette mesure entre en vigueur immédiatement et reste applicable jusqu’à nouvel avis. Dans l’espace public, l’utilisation de barbecues et de grills fonctionnant au charbon ou à bois est interdite, bien qu’elle demeure autorisée dans les emplacements fixes expressément désignés par la commune, pour autant que ceux-ci soient situés à une distance de sécurité suffisante de toute végétation inflammable.
Ces restrictions, bien que draconiennes, reflètent la gravité du moment. Les pompiers vaudois, déjà mobilisés à plein régime, redoutent que les prochains jours ne voient se multiplier des situations similaires si le climat n’évolue pas rapidement.