Donald Trump, objet d’étude des géographes au FIG
Le Festival international de géographie se tient dans l’est de la France, à Saint-Dié-des-Vosges. Les intervenants y décrivent Donald Trump comme « objet d’étude » à la fois « fascinant » et « inquiétant ». Le thème de l’édition porte sur le pouvoir et sur ce que le dirigeant américain révèle des dynamiques spatiales et territoriales.
Camille Escudé, chercheuse à Sciences Po, note que les réflexions croisent le panorama des territoires susceptibles d’être touchés par ses décisions, notamment en ce qui concerne le Canada et le Groenland. Selon elle, Trump peut être considéré comme « un objet politique avec des conséquences géographiques » qu’il convient d’étudier, tout en reconnaissant une certaine inquiétude.
Pour d’autres chercheurs, l’initiative est décrite comme complètement décomplexée. Anne-Laure Amilhat Szary, géographe à l’Université Grenoble-Alpes, parle d’un « maître en dystopie » capable de faire émerger des scénarios autrefois considérés comme inimaginables. Elle souligne que son langage public bouscule le cadre du droit et les pratiques étatiques, ce qui illustre selon elle des formes nouvelles de pouvoir.
La question des frontières est centrale: selon elle, « la frontière est partout, elle est là où la force décide de la tracer ». Le regard s’appuie aussi sur les mécanismes d’application, notamment lorsque l’agence d’immigration ICE multiplie les raids dans le cadre du programme d’expulsions massives.
Toponymie et réinterprétation cartographique
Frédéric Giraut, spécialiste de toponymie à l’Université de Genève, rappelle avoir été sollicité lorsque Trump, revenu au pouvoir, a procédé à des renommages sur les cartes. Le Denali, plus haut sommet des États‑Unis, est redevenu « Mont McKinley », nom historique attaché à un président du XIXe siècle. Le golfe du Mexique a également été rebaptisé « golfe d’Amérique », une modification rapportée par l’Associated Press.
Cette démarche suscite des questionnements sur le respect des engagements internationaux et sur la place des langues et des savoirs autochtones. Selon Giraut, elle porte une dimension suprémaciste et peut contrarier les objectifs de développement durable qui promeuvent l’inclusion linguistique et culturelle.
Une ère qui se replie sur elle‑même et ses implications géopolitiques
Laurence Nardon, spécialiste des relations transatlantiques à l’Institut français des relations internationales (Ifri), évoque une « fin d’une ère » marquée par le doute sur le multilatéralisme et sur le cadre coopératif du droit international. D’un point de vue de science politique, elle considère que ce tournant offre un terrain d’étude particulièrement stimulant, tout en nourrissant des inquiétudes pour le système international, notamment depuis le début du second mandat républicain.
Elle évoque des critiques envers l’administration Trump sur les universités, l’État de droit ou les médias, tout en rappelant que des résistances subsistent. Parmi elles, des plateformes citoyennes, comme Wikipédia et OpenStreetMap, apparaissent comme des contre‑poids face aux initiatives des grandes entreprises de cartographie.