Vaud devrait franchir le cap symbolique du million d’habitants d’ici 2046. C’est un enjeu démographique majeur qui redessine l’avenir du canton. Cette croissance inédite, portée par l’immigration et l’allongement de l’espérance de vie, pose des questions sociétales centrales : comment loger ces nouveaux habitants, renforcer les infrastructures de santé, adapter les transports, financer les services publics ?
Selon les données officielles du canton, la progression démographique vaudoise s’accélère. Entre 2010 et 2025, le canton a gagné environ 200 000 habitants. La trajectoire actuelle suggère que la population continuera d’augmenter au même rythme ou davantage au cours des deux décennies suivantes.
Cette expansion place Vaud face à un double défi. D’une part, il faudra construire massivement. Les estimations évoquent plusieurs centaines de milliers de nouveaux logements nécessaires. Or, le canton affronte déjà une crise du logement aiguë, avec des loyers en hausse constante et une offre insuffisante, particulièrement pour les ménages modestes. Le Grand Conseil a d’ailleurs lancé l’année dernière la « Vision logement », un projet ambitieux visant à mieux coordonner offre et demande.
D’autre part, l’État vaudois doit adapter ses capacités dans la santé, l’éducation, l’eau potable, les transports en commun et le traitement des déchets. Avec un budget 2027 affichant un déficit de 356 millions de francs et une trésorerie qui s’épuise, les marges de manœuvre sont étroites. Le Conseil d’État devra rationaliser ses dépenses tout en investissant dans ces domaines essentiels : une équation complexe.
La croissance démographique comporte aussi des opportunités. Elle pourrait dynamiser l’économie vaudoise et élargir la base fiscale, à condition que les nouveaux habitants trouvent du travail. Mais l’économie régionale a ralenti : seulement 1 % de croissance en 2026 contre une moyenne suisse supérieure. Les secteurs manufacturiers patinent, le tourisme stagne, et les petits producteurs agricoles sont sous pression.
Cette explosion démographique annoncée invite Vaud à redéfinir ses priorités publiques. Faut-il privilégier la croissance urbaine, quitte à bétonner davantage, ou favoriser une croissance plus maîtrisée ? Comment garantir une inclusion sociale des nouveaux venus et éviter une segmentation du territoire entre zones prospères et secteurs négligés ? Autant de questions qui occuperont le gouvernement et le parlement du canton dans les années à venir.