Le géant yverdonnois des batteries Leclanché traverse une crise sans précédent depuis plusieurs mois, plongeant ses 370 salariés dans une situation désespérée. Depuis août, l’entreprise ne verse plus les salaires, tandis que ses filiales allemandes ont demandé l’ouverture de procédures d’insolvabilité. Ces dernières semaines marquent un tournant critique pour cette institution industrielle fondée en 1909.

La situation a basculé cet automne. L’entreprise traverse une grave crise de liquidités et ne verse plus de salaires depuis août. Les filiales allemandes de Leclanché ont déposé une demande d’insolvabilité. Parallèlement, l’entreprise yverdonnoise risque une radiation de la Bourse suisse faute de publication de son rapport annuel 2025.

L’anxiété gagne les rangs du personnel. « Plus les jours passent et plus l’inquiétude du personnel grandit, de manière fort légitime, dans ce contexte assez anxiogène de non-paiement des salaires », alerte Juan Barahona, secrétaire syndical chez Syna. Le silence radio de la direction n’arrange rien : aucune communication claire sur le calendrier de régularisation des salaires ou les perspectives d’avenir.

Un paradoxe troublant : des carnets de commandes pleins malgré une trésorerie vide

Contrairement à ce que suggère une lecture superficielle, Leclanché ne souffre pas d’une absence de demande. Selon l’entreprise, les demandes de clients sont toujours présentes. C’est sa trésorerie qui fait aujourd’hui défaut. Ce décrochage entre activité commerciale et capacité financière illustre la fragilité structurelle de l’entreprise face aux géants asiatiques.

Les chiffres confirment cette hémorragie. En 2024, Leclanché avait accusé une perte nette de 67,7 millions de francs. Cette trajectoire négative remonte à plusieurs années : l’entreprise peine à rivaliser avec les grands producteurs asiatiques de batteries.

Un actionnaire chinois au cœur de la controverse

Depuis la crise, les tensions entre les différents organes de gouvernance ont éclaté au grand jour. Un ancien administrateur accuse l’actionnaire principal Golden Partner, financé par des industriels chinois, d’avoir bloqué l’entrée de nouveaux investisseurs pendant des années. Cette dénonciation soulève des questions : Golden Partner, censé soutenir Leclanché, aurait-il au contraire limité les options stratégiques disponibles ?

Du reste, pour survivre financièrement, l’entreprise a plusieurs fois converti ses dettes en capital pour éviter la faillite. Cette pratique, qui tient davantage de la rustine que du redressement, témoigne d’une logique d’urgence permanente.

Des ressources qui affluent, mais arrivent trop tard

En février dernier, une bouffée d’oxygène : le fabricant yverdonnois de batteries Leclanché a obtenu un financement de 16,7 millions de francs pour assurer ses opérations courantes, ce montant permettant de régler les salaires de janvier en retard et de payer les fournisseurs en Suisse et en Allemagne. Mais cet afflux n’a pu que repousser l’inévitable.

Parallèlement, des appels à l’aide avaient été lancés au niveau européen. En fin d’année dernière, l’entreprise et l’Union européenne ont signé un accord de subvention de 74,2 millions d’euros destiné à accélérer le déploiement industriel des technologies de fabrication de cellules de batteries durables en Europe. Or, ce soutien communautaire, techniquement important, ne suffit pas à débloquer une situation où la trésorerie quotidienne reste introuvable.

Un enjeu régional majeur

La survie de Leclanché représente bien plus qu’une simple question d’emplois à Yverdon. Le groupe, spécialisé dans le stockage d’énergie par batteries lithium-ion, symbolise la présence vaudoise dans un secteur stratégique pour la transition énergétique. Son possible effondrement traduirait un recul du tissu industriel local précisément au moment où l’Europe investit massivement dans cette technologie.

Le conseil d’administration cherche activement une issue. Mais tandis que les négociations s’éternisent, les employés continuent d’attendre et les tensions internes s’aggravent. Leclanché joue bel et bien sa survie, et chaque mois qui passe rend le dénouement plus improbable.

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